Du stade, le groupe d’amis revient vers le centre du bourg mais leur avance est ralenti à la vue du spectacle devant le cimetière : les massifs de rosiers disparaissent sous une végétation certes on ne peut plus naturelle mais envahissante.
« Hé voilà ! » s’emporte Joseph, « je vous l’avais bien dit qu’avec cette nouvelle équipe municipale, tout allait partir à vau-l’eau ».
Son épouse, Marie-Madeleine, essaye de le calmer car ce n’est pas bon pour sa tension, et lui fait remarquer que ça ne sert à rien de s’énerver : il n’aura qu’à envoyer un courrier à la mairie pour faire part à madame la Maire de son étonnement.
« Du temps de l’ancienne mandature, je n’ai pas le souvenir d’un tel abandon » persiste Joseph chagriné de voir les abords du cimetière dans cet état. « Mais quelle image on donne de notre village » et d’avancer en secouant la tête de gauche à droite pour manifester sa désapprobation.
Stéphanie prévient ses amis qu’elle va profiter d’être au cimetière pour aller visiter son défunt mari et entretenir le caveau familial.
« La pauvre ! » dit Ralph, « elle va encore se rendre malade en voyant l’état du cimetière où l’entretien n’est plus assuré régulièrement depuis plusieurs semaines maintenant. C’est pourtant là que reposent nos aïeuls qui font que nous avons des racines dans ce village. Et heureusement qu’il y a eu la sécheresse, autrement cela aurait été une véritable forêt vierge ».
« Ralph, ce n’est pas la mauvaise foi qui t’étrangle » lui rétorque Marie-Madeleine.
« Non », répondit Ralph, « mais lors de la campagne municipale, la liste élue nous a bien fait comprendre que l’ancienne équipe ne savait pas gérer le personnel et qu’il y avait un problème d’encadrement. On voit le résultat… ou plutôt on ne le voit pas. »
Joseph, toujours remonté, s’emporte et signale que c’est bientôt la Toussaint.
Et Ralph, qui ne rate jamais de faire un bon mot, ajoute : « qui sait ? avec un peu de chance les sorcières d’Halloween feront le nécessaire d’un coup de balai ».
« RALPH ! Tu n’es pas possible, il faut toujours que tu dises des horreurs » lui dit Marie-Madeleine en pouffant de rire.
Joseph, lui, roumègue dans son coin toujours dépité de voir le village dans cet état.
Marie-Madeleine et Joseph disent à Ralph qu’ils doivent partir voir leur amie Hélène à l’hôpital. Ralph s’enquiert des raisons pour lesquelles elle se retrouve hospitalisée.
Et Marie-Madeleine de raconter : « En allant à pied de la route de Finon chez son médecin, elle a pris les trottoirs qui sont, en principe, entretenus par la collectivité. Heureusement qu’au début de la rue du Tuc d’Auros, un côté est praticable car il est entretenu par le propriétaire du terrain contigu. En face, le trottoir reste impraticable. Après la voie ferrée, elle a pris le trottoir de la rue d’Albret. Elle n’avait pas le choix car son médecin se trouve sur ce côté et avec les véhicules qui passent dont les camions, par sécurité elle marche sur ce trottoir envahi d’herbes. Comme elle a toujours son problème d’équilibre avec ses genoux, à cause des herbes hautes et le sol instable, elle est tombée, s’est fracturée la cheville et fissurée le coccyx. Avec Joseph, nous lui amenons quelques affaires et nous allons essayer de lui remonter le moral ».
Et Jospeh d’ajouter, vraiment énervé : « Et après ma chérie, il ne faudrait pas que je m’emporte contre cette municipalité. Celle ou celui qui fait les emplois du temps des employés municipaux ne doit pas souvent se balader à pied dans le bourg ».
« Joseph, reste calme, ne vas pas faire un infarctus ! et rejoindre Hélène à l’hôpital » peste Marie-Madeleine.
« Bon je vous laisse. Vous ferez un gros bisou à Hélène et vous lui direz que j’irai la voir dans la semaine. De mon côté je vais à la mairie demander un … »
« Ralph, tu ne changeras jamais, toujours à contrôler et vérifier les dépenses municipales » lui lance Jospeh.
« Ben oui, je suis un citoyen concerné et impliqué » dit Ralph.

